
La ritournelle des rêves est le troisième tome de la saga Destinée suédoise dont je me délecte depuis début janvier. Ce roman historique et familial se déroule juste après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Nous continuons de suivre la vie de Betty, le personnage phare de la série.
Si vous n’avez pas encore lu les deux premiers romans de la série, je vous invite à quitter immédiatement cet article et à ne surtout pas le lire afin d’éviter les spoilers.
Un roman féministe
Dans cet opus, Betty peut enfin vivre son rêve : elle est maintenant gérante d’une librairie. Elle ne roule pas sur l’or mais elle se débrouille et sa passion pour les livres l’aident à tenir. Mariée à Olaf depuis quelques années, le couple bat sérieusement de l’aide au moment où nous entamons ce troisième tome. Olaf est non seulement distant mais il est également désagréable voire agressif sur le plan moral avec elle. Que l’on soit clair : j’ai détesté ce personnage et à la place de Betty j’aurais divorcé depuis longtemps plutôt que de subir cette vie de couple morose, qui tient plus à de la cohabitation qu’à une vie de couple heureuse et épanouie.
Plus encore que dans les deux premiers tomes, La ritournelle des rêves est un roman féministe. D’abord au service d’une riche famille, Betty s’émancipera de et deviendra sa propre patronne avec des salariés sous ses ordres. Elle passera son permis de conduire, ce qui est rare pour une femme à cette époque même en Suède. Le tout en s’occupant de son petit frère, de son con de mari (pardon :D), de ses enfants et de ses soucis financiers… Car la vie est rude dans la Suède de l’après-guerre.
J’ai éprouvé une tendresse infinie envers Betty, ce petit bout de femme qui arrive, au prix d’un travail acharné, à gravir peu à peu les échelons dans la société sans pour autant oublier d’où elle vient et les sacrifices qu’elle a dû faire pour en arriver là. Et j’ai également ressenti une peine infinie devant le comportement de son mari envers elle, ce qui a renforcé mon aversion pour ce personnage.
L’écriture de Katarina Widholm
L’autrice excelle dans l’art de rendre palpable les lieux et les émotions. Le temps qui passe est un des thèmes majeurs du roman : les enfants grandissent, la vie continue malgré les peines et les drames. Ne dit-on pas que le temps guérit les blessures ? Il y a une sorte de ritournelle dans cette histoire de vie : rêves brisés, amours perdus, espoirs, renoncement, promesses fragiles… C’est un peu l’histoire de toutes les femmes qui se lit ici.
Pas de sensationnalisme dans l’écriture de Widholm, une délicatesse à décrire les émotions et les moments difficiles. Il y a une certaine émotion contenue dans cette saga, les drames et les scènes difficiles sont exprimées avec pudeur et avec douceur.
La Suède, personnage immatériel du roman
Plus encore que dans les trois précédents romans de la série, l’autrice fait évoluer ses personnages et son intrigue dans un fort contexte géographique. Nous découvrons la Suède de l’après-guerre, les difficultés de la population qui, bien qu’elle n’ait pas subi le nazisme comme les autres pays européen, se retrouve néanmoins très marquée par ces années difficiles. Les paysages de Stockholm et de la campagne suédoise sont décrits avec une précision telles qu’ils se matérialisent presque sous vos yeux. Le froid de l’hiver sombre, les belles journées d’été au bord d’un lac, et mêmes quelques aurores boréales qui danseront dans le ciel, apportent du corps à l’intrigue.
Il est également ici question de reconstruction, de mutation de cette société suédoise tiraillée entre envie de modernité et peur du changement.
Le mot de la fin
J’ai refermé ce livre avec l’envie de débuter immédiatement le quatrième et dernier tome de la série, c’est d’ailleurs ce que j’ai fait ! Je suis malade d’avance de savoir que d’ici quelques heures j’aurais terminé cette formidable saga.
La ritournelle des rêves est un roman plein d’humanité, de justesse et d’âme.
Je recommande chaudemeint.
Résumé
1949. Betty célèbre ses trente ans entourée de ses proches, son époux et ses enfants. Heureuse gérante d’une librairie et d’une maison d’édition, la jeune femme est bien occupée et pourtant elle trouve le temps de passer son permis de conduire. Bientôt, la famille part camper dans le Hälsingland grâce à la voiture que Betty a achetée.
Mais la vie n’épargne pas longtemps cette dernière. Les soucis financiers s’accumulent, Viola met brutalement fin à leur amitié, et son plus jeune frère, Pelle, lui donne du fil à retordre. Si encore Olof était là pour la soutenir ! Mais, de plus en plus affaibli par un mal dont il refuse de reconnaître l’existence, son mari s’éloigne d’elle.
Et l’écart entre eux se creuse encore lorsque Martin Fischer, le père biologique de Martina, revient dans la vie de Betty…
Citation
« Il faut peut-être se monter plus prudent quand on choisit à qui accorder son amitié. Il s’agit avant tout de privilégier les personnes qui se sont comportées en amies plutôt que celles qu’on voudrait avoir pour amies. »