
Durant de longues années consacrées presque exclusivement au thriller et au polar, j’ai été fascinée par les récits venus du Nord. J’ai lu une multitude d’auteurs scandinaves sans jamais éprouver la moindre lassitude. J’aimerais désormais explorer la littérature nordique au-delà de la littérature noire. Et là est tout le problème…
Rien de ce que je lis en quatrième de couverture ne me donne envie de m’y mettre, et les quelques auteurs scandinaves que j’ai tentés cette année m’ont, une fois de plus, ramenée vers les ténèbres du roman noir… Résultat : si je reconnais le talent d’écriture des auteurs venus du froid, ces lectures se sont révélées longues et éprouvantes, car je n’ai plus envie, à l’heure actuelle, de romans aussi difficiles.
Après avoir été ébranlée au mois de janvier par Stöld d’Ann-Helen Laestadius, me voilà à la limite du traumatisme avec Celui qui a vu la forêt grandir…
Une écriture admirable mais une intrigue trop sombre pour moi.
Le roman se déroule dans le nord de la Suède, et c’est ce qui m’a immédiatement attirée à la lecture de la quatrième de couverture. Comme vous le savez, j’éprouve une fascination sans limite pour les pays nordiques, et la Suède fera très certainement partie de mes prochaines destinations. On suit une famille composée de deux adultes et de leur enfant, contrainte de fuir la Norvège après un drame dont la nature ne nous sera révélée que bien plus tard. Ils sont dans le dénuement le plus total, ils fuient à pied alors que la neige commence à tomber, ils n’ont rien à manger et ne doivent leur salut qu’à une rencontre qui se révèlera dévastatrice. De là, nous découvrirons leurs difficultés à s’alimenter, à chauffer la cabane en bois dans laquelle ils ont élu domicile, mais aussi l’amour incommensurable qu’ils ont les uns envers les autres.
Dès les premières pages, la nature fait partie intégrante du décor et de l’intrigue. La forêt est partout et on la voit vivre, évoluer au fil des saisons et des années. Des couleurs flamboyantes de l’automne à la rudesse de l’hiver où la neige recouvre tout, de sa résurrection au printemps et l’abondance de ses richesses en été, c’est elle qui est capable de nourrir la famille, elle aussi qui les amènera à la famine, elle aussi qui sera la cause de bien des drames.
Et des drames, croyez-moi qu’il y en aura durant ces 400 longues pages. Ah ça, vous voulez du noir, vous allez en avoir ! Le récit ne laisse aucune place à la lumière, jamais.
Unni et sa famille vivent loin du village et des autres habitants du secteur. Le peu de fois où ils se croisent il y a une grande méfiance entre eux. Les seuls moments où ils demandent de l’aide, n’arrivant plus à se nourrir au plus fort de l’hiver, ils trouvent portes closes et des fins de non recevoir. La solidarité a ses limites, surtout lorsque la nourriture vient à manquer dans toutes les familles. Si Unni et son mari tentent tout pour s’en sortir, la vie, elle, a décidé de ne rien leur épargner. Chaque rayon de soleil que vous apercevrez dans ce roman finit invariablement par être recouvert d’épais nuages noirs.
La mort est partout, tout le temps. Elle frappe quand on s’y attend le moins, elle décime les personnages auxquels on s’attache. De larges paragraphes sont consacrés à la description de la souffrance autour du deuil. C’est un sujet sensible chez moi et je dois dire que cela a rendu ma lecture très compliquée. Je n’attends pas d’un livre qu’il soit joyeux à tout prix sinon je ne lirai que du feel-good. Dans les sagas familiales dont je me délecte depuis deux ans, il y a également des drames et des passages plus difficiles. Mais ici j’ai eu le sentiment que la noirceur s’accumulait tellement qu’elle a fini par m’étouffer. Chaque espoir ou moment joyeux est de courte durée, et cette accumulation de drames a fini par rendre cette lecture bien trop pesante pour moi.
Le mot de la fin
Si ma chronique est essentiellement axée sur mon ressenti, je dois malgré tout vous dire que Lina Nordquist a une écriture fantastique, poétique. La nature et les émotions sont décrites avec justesse et de manière très visuelles.
Ce roman n’était tout simplement pas pour moi car je n’ai plus envie de lire des romans aussi tristes ou mélancoliques, je n’ai plus envie de ressentir de la tristesse durant une lecture. En dix ans de polars et thrillers je pense avoir amassé assez d’horreurs pour le reste de ma vie de lectrice et je suis complètement réfractaire maintenant à ce genre de lecture.
Les amateurs de romans noirs y trouveront très certainement leur compte mais si vous cherchez une lecture réconfortante, passez votre chemin.
Résumé (4ème de couverture)
Dans une cabane isolée à l’orée d’une forêt suédoise, deux générations de femmes doivent assurer leur survie au cœur d’une nature aussi féerique qu’indomptable.
1897, un jeune couple est en fuite à travers les montagnes et les forêts norvégiennes. Unni, la femme, est recherchée pour avoir participé à des avortements. Ils emmènent le fils d’Unni, Roar et une boîte contenant les herbes médicinales de la jeune femme. Armod, Unni et Roar franchissent in extremis la frontière avec la Suède, avant de s’installer dans une petite cabane au beau milieu d’une forêt sombre du Hälsingland. Au rythme des saisons, dans une nature aussi impitoyable que généreuse, la famille fera l’expérience de l’isolement, de la faim, mais aussi de l’émerveillement et du renouveau.
1973, deux veuves se font face à la table construite 70 ans plus tôt par Armod. Bricken, la plus âgée, est en train de préparer les funérailles de son mari, Roar, avec sa belle-fille Kara. Bricken ignore les sentiments mêlés et douloureux, voire interdits, que sa belle-fille éprouvait à l’égard de Roar. Elle aussi cache de nombreux secrets, et entre les deux femmes se joue un duel de silence que ni l’une ni l’autre ne semble prête à rompre.
Citation
« – Ne t’habitue jamais à l’horreur, m’avait dit Armod.
Aujourd’hui, je pense qu’il ne faut pas non plus s’habituer à la beauté, elle doit rester aussi merveilleuse à chaque instant.«
Dans l’ombre des arbres demeurent ceux qui nous manquent.«