
Je suis toujours coincée quelque part entre deux lubies, les sagas familiales et les romans qui se déroulent aux Etats-Unis, et j’essaie de lire en ce moment des romans indépendants avant de plonger prochainement dans une nouvelle saga.
Direction le Kentucky dans les années 30, au cœur des montagnes des Appalaches. L’Amérique traverse alors une crise importante après la période de la Grande Dépression et de nombreuses familles vivent dans le dénuement le plus total. La nourriture manque, chacun essaie tant bien que mal de trouver un emploi pour survivre. C’est ainsi que la toute jeune Cussy intègre un programme particulier financé par l’Etat : des femmes étaient envoyées, avec un cheval, dans des zones reculées afin de distribuer des livres aux habitants de ces zones qui vivent pour la plupart reclus et isolés. Grande amoureuse des livres, cet emploi n’en reste pas moins difficile pour elle : les conditions climatiques défavorables rendent la route parfois pénible, les longues heures de trajet en solitaire et les mauvaises rencontres rendent le trajet usant, voire dangereux. D’autant plus que la jeune Cussy est porteuse d’une particularité physique impressionnante : elle fait en effet partie des gens bleus du Kentucky.
Je n’avais jamais entendu parler de ça mais j’ai effectué quelques recherches durant ma lecture (car l’auteur ne fourni d’explications sur le sujet qu’à la fin du roman) et en effet, cette étrange maladie a bien existé. Les personnes qui en sont atteintes ont tout simplement la peau bleue. Si la maladie est rarissime, elle est aussi impressionnante. La jeune femme vit plutôt bien cette particularité physique et elle rencontre de nombreuses personnes bienveillantes à son sujet. Malheureusement, comme la différence dérange, elle sera surtout régulièrement la cible de moqueries, elle suscitera la crainte et le racisme. Considérée comme une paria, rejetée et déshumanisée, j’ai éprouvé une peine infinie pour elle. Ça me fait toujours cet effet, quand on s’en prend à quelqu’un d’innocent et sans défense et ici l’autrice a particulièrement œuvré pour rendre son personnage principal particulièrement attachant.
Bluette, une héroïne discrète mais déterminée
Elevée par son père, veuf, elle cherchera à s’affranchir coûte que coûte du destin qui lui est prédestiné. Son père ne veut qu’une chose pour elle : lui trouver un mari afin qu’elle ne se retrouve pas seule une fois qu’il sera mort. La jeune femme n’a aucune envie de se marier, encore moins avec les prétendants qui défilent (et partent tout aussi rapidement une fois qu’ils voient sa peau à la lumière d’une bougie ou du jour).
Son but à elle est de travailler, de s’émanciper, de vivre cette vie simple à laquelle elle aspire. Elle ne cherche pas l’amour, persuadée que la couleur de sa peau l’empêchera de trouver quelqu’un qui l’accepte telle qu’elle est.
Le livre, au centre de l’intrigue
Un des thèmes forts du roman est l’accès à la littérature et ce roman est une ode à la lecture. Cela nous semble tellement facile aujourd’hui de nous procurer un livre qu’on a bien du mal à envisager qu’il ait pu en être autrement dans une période pas si lointaine que ça. Ici, les clients de Cussy doivent se satisfaire uniquement de ce qu’elle arrive à se procurer : quelques bibles abîmées, quelques romans… La plupart attendent la jeune femme avec une grande impatience. On se rend compte ici de l’impact des livres sur la vie des lecteurs. Certains les refusent car pour eux, seul le travail de la terre importe, tandis que d’autres les attendent comme une bouffée d’oxygène leur permettant de s’échapper de leur dure vie de labeur…
Un roman sombre et difficile
Je ne m’attendais pas à lire un roman édulcoré et joyeux mais je dois avouer que j’étais loin d’imaginer qu’il serait aussi difficile. La pauvreté, la violence sociale, le racisme, le contrôle du corps des femmes ou encore les morts injustes font de ce roman une lecture profondément bouleversante, qui colle désagréablement à mon âme de lectrice…. Le récit est une succession constante d’événements difficiles et c’était un peu lourd pour moi je dois l’avouer.
Le mot de la fin
Ne vous attendez pas à un roman au suspense insoutenable et au rythme effréné. Le récit est lent, l’autrice met un soin particulier à décrire les paysages et la vie dans les Appalaches, aussi rude soit-elle. La faim, la maladie, la mort sont partout. Le seul petit rayon de soleil de ce roman se trouve être la jeune Bluette même si la vie ne l’a pas épargnée.
La bibliothèque ambulante des Appalaches est un roman sombre, qui m’a parfois retournée et qui s’est finalement révélé être éprouvant pour moi sur le plan émotionnel.
Résumé (4ème de couverture)
1936, Kentucky.
Au coeur des bois de Troublesome Creek vit la jeune Cussy Mary Carter, dernière descendante d’une étrange lignée de montagnards à la peau bleue originaires de France. À travers ces territoires désertés, en proie à la violence et à la pauvreté, la jeune femme solitaire s’est donné pour mission d’offrir une échappatoire à travers la lecture à ceux qui n’ont rien. Chaque jour, elle parcourt de longues distances sur sa mule pour apporter des livres aux habitants des montagnes du Kentucky. Mais elle va bientôt devoir affronter des préjugés aussi vieux que les Appalaches.
Citation
« Papa pensait toujours qu’un mariage à l’automne déboucherait sur une renaissance, une lente éclosion qui surgirait peu à peu de la saison où la nature mourait, alors qu’un mariage en plein été chaud serait éphémère et se flétrirait vite. »