Chronique lecture

L’épouse allemande – Kelly Rimmer

Depuis le début d’année, je suis très branchée romans historiques et ceux qui se déroulent durant la Seconde Guerre Mondiale reçoivent toutes mes faveurs. Cette fois, c’est un peu particulier car l’intrigue ne se déroule pas pendant le conflit mais il traite de l’après-guerre, alors que tous tentent de reconstruire leur vie pour aller de l’avant

Résultat ? Un roman coup de cœur, lu à la vitesse de l’éclair !

Au cœur des années troubles

Le roman est construit sur une double temporalité : la première durant les années 30 en Allemagne, alors que le nazisme s’installe et commence à prendre de plus en plus d’ampleur. On suit Sofie, son mari Jurgen, leurs enfants et leurs amis, qui voient tous le conflit arriver et dont les chemins vont se séparer à mesure que leurs convictions divergeront sur le régime nazi et les conséquences sur la population juive. La seconde temporalité se situe durant les années 50 aux Etats-Unis. La guerre est terminée et Sophie a rejoint Jurgen aux Etats-Unis alors qu’il lui a littéralement été arraché durant la guerre pour qu’il mette ses compétences scientifiques au service du pays de l’Oncle Sam.

Contrairement à de nombreux romans qui se déroulent durant cette guerre, nous ne sommes pas aux cotés des victimes directes mais plutôt du côté de ceux qui gravitent autour du pouvoir. Et c’est précisément là que cela soulève des interrogations et un certain malaise je dois l’avouer.

Sophie aime son mari, et il l’aime en retour. Leur couple est solide et uni, mais ils ne partagent pas tout à fait la même vision de l’évolution politique de l’Allemagne d’avant-guerre. À mesure que le nazisme s’impose, une question se pose à chaque Allemand : faut-il se protéger et préserver sa famille en se rangeant du côté du régime malgré des convictions contraires, ou résister et s’y opposer, au risque de l’emprisonnement ou des camps de la mort ?

Entre loyauté et convictions

C’est là le cœur du roman et c’est là aussi toute sa complexité. Car l’auteure brouille les pistes en nous présentant cette famille allemande non pas comme des monstres absolus et sanguinaires, mais comme des gens banals, communs, qui pourraient être vous ou moi, et qui se retrouvent tiraillés entre le fait qu’ils n’adhèrent pas à l’idéologie nazie, et le choix de faire semblant d’y adhérer pour se protéger. Près d’un siècle après le conflit, il est facile de dire « moi j’aurais résisté », « moi je n’aurais pas cédé », « moi j’aurais craché à leurs visages ». Mais dans les faits, sous la peur, la violence, les enlèvements de la Gestapo et la crainte d’arriver tout droit dans les camps, nous serions peut-être plus nombreux qu’on y pense à fermer les yeux sur la réalité de ce qu’il se passe afin de continuer à vivre, ou survivre.

Dans ce roman, les allers-retours dans le passé sont incessants. Plus encore que dans la partie qui se déroulent avant et pendant la guerre, c’est l’après-guerre qui pose question. On comprend que les choix faits pendant la guerre ne disparaissent pas avec la paix et qu’ils peuvent vous poursuivre même si vous mettez un océan entre votre ancienne et votre nouvelle vie. Comment se regarder dans le miroir en sachant que l’on a pris part, de loin comme de près, à la monstruosité ? L’exil est ici une sorte de suite, mais peut-on faire table rase du passé si facilement ? Il est question également ici de l’accueil fait par la population américaine envers les allemands qui sont aller se réfugier au pays de l’Oncle Sam après la guerre. Ils sont tous vus par la plupart des habitants comme des nazis en puissance. Ils sont isolés, ils subissent la violence, le rejet, parce que tous se disent que s’ils sont allemands, c’est qu’ils font forcément commis des atrocités. Les épouses trinquent, les enfants également…

L’autrice ne cherche ni à excuser ses personnages, ni à les mettre dans la position de victime ou de bourreau. Elle n’oriente pas nos choix, elle nous fait tantôt ressentir de l’empathie envers eux, tantôt de l’incompréhension totale face aux mauvais choix qu’ils feront. On se demande, avec le recul, comment un peuple entier a-t-il pu laisser l’horreur s’installer mais on comprend à travers cette lecture que la volonté de protéger sa famille est plus forte que ses convictions personnelles. Si ces choix nous rendent mal à l’aise c’est parce qu’ils nous interrogent sur nous-mêmes : qu’aurions-nous fait à leur place ?

Le mot de la fin

La femme allemande est un roman qui dérange et qui laisse une trace en nous. Pendant toute ma lecture je me suis mise à la place de Sofie en me demandant comment j’aurais réagi en tant qu’épouse si mon mari avait lentement glissé vers l’extrémisme même s’il affirmait toujours qu’il faisait semblant de le faire pour nous protéger. Sommes-nous responsables des actes de ceux que nous aimons ? Ne faisons-nous qu’un avec notre mari/épouse que l’on aime mais avec lesquels on ne partage pas les mêmes convictions ? Et enfin, serions-nous prêts à perdre tout ce que nous avons, nos proches, pour les défendre ?

J’ai trouvé ce roman passionnant parce qu’il interroge, sans jamais tomber dans la moralisation.

Je lirai très certainement les autres romans de l’autrice dans les prochaines semaines. A lire d’urgence, si ça n’est pas déjà fait !

Résumé

Huntsville, Alabama, 1950.

Dans le bus qui la conduit vers sa future maison en Alabama, malgré la moiteur de l’air ambiant, Sofie von Meyer Rhodes a l’impression de respirer pour la première fois depuis des années.

Ses enfants blottis contre elle, elle entrevoit enfin la perspective d’une nouvelle vie, loin des conflits qui ont endeuillé son Allemagne bien-aimée.

Le gouvernement américain, qui a recruté son mari Jürgen pour travailler sur un nouveau programme spatial, leur promet un avenir meilleur, mais Sofie se heurte rapidement à l’hostilité de ses voisins. Car une question leur brûle tous les lèvres… Quelle relation la famille Rhodes a-t-elle entretenue avec le Reich ? Quand des rumeurs sur leurs liens avec le régime hitlérien se répandent, la tension monte… jusqu’au jour où un drame se produit, ébranlant toute la communauté. Inspiré d’une histoire vraie, l’incroyable récit d’une femme tiraillée entre ses convictions et son instinct maternel, de l’Allemagne nazie à l’Alabama de la guerre froide.

Citation

« Nous pensions que si nous restions en retrait, les choses passeraient. Mais la neutralité est un luxe qu’on ne peut s’offrir face au mal.« 

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