Dans le style « bouquin à ne surtout pas lire si vous avez un coup de cafard et besoin d’un peu de positif », j’ai trouvé le roman qu’il vous faut !
Survivre quand le monde s’effondre
Direction la Californie, dans un futur très proche où le monde, le système et la société ont basculé; Nous rencontrons deux sœurs, Nell et Eva, qui vivent dans une maison isolée au beau milieu d’une forêt. Privées d’électricité, de réseau et de tout ce qui compose notre quotidien moderne, elles vivent en autarcie totale sans jamais voir personne. Eviter les interactions extérieures dans un monde en proie au chaos, c’est éviter les épidémies ravageuses dans un monde où il n’y a plus de médicaments, c’est aussi éviter d’éventuels pillages du peu de biens qu’il leur reste…
La relation entre les deux sœurs est au cœur du récit. Entre tensions, dépendance affective, amour et instinct de survie, leur lien évolue constamment au fil de l’intrigue. Si la solidarité qui les unit peut parfois être touchante, on comprend rapidement qu’un malaise plus profond s’installe entre elles. Elles dépendent entièrement l’une de l’autre, et les rares tentatives qu’elles font pour échapper à cette relation exclusive semblent inévitablement vouées à l’échec.
Je ne suis habituellement pas très friande de dystopies, mais ici, l’aspect post-apocalyptique reste assez discret. Les événements liés à l’effondrement du monde servent surtout de prétexte pour mettre en place l’isolement des deux jeunes femmes et explorer leur relation.
L’effondrement du confort moderne
L’écriture de Jean Hegland est sobre, sans artifices, mais profondément immersive. Certaines scènes sont dures, dérangeantes même, mais elles servent toujours l’intrigue du roman ou presque. Je garde en mémoire une scène qui m’a particulièrement choquée et qui, à mon sens, n’apportait aucune plus-value à l’intrigue.
La nature occupe d’ailleurs une place essentielle dans le récit. Confortablement installés dans nos vies modernes, nous ne nous demandons jamais si l’électricité fonctionnera lorsque nous appuierons sur un interrupteur, ni ce que nous trouverons à manger dans les rayons d’un supermarché. Pourtant, il suffirait que la civilisation s’effondre pour que tout cela disparaisse. C’est précisément ce qui arrive à Nell et Eva. Finies les sorties en ville entre amis, les carrières prometteuses ou l’abondance des magasins : elles doivent désormais apprendre à vivre selon la durée du jour, le cycle des saisons et les aléas du climat. Elles doivent composer avec le froid mordant de l’hiver, les infiltrations lorsqu’il pleut et sans matériau disponible pour réhabiliter le toit. Elles doivent faire attention à tout ce qu’elles mangent afin que leur récolte annuelle les fasses tenir jusqu’à la fin de la mauvaise saison…
Un roman volontairement étouffant
Le rythme du récit m’a toutefois paru particulièrement lent par moments. Les longues descriptions et les passages introspectifs ont parfois fini par me lasser. Je comprends parfaitement qu’ils participent à l’atmosphère contemplative du roman, mais ce n’est pas (du moins pour l’instant) le type de lecture auquel je suis la plus sensible.
L’absence presque totale de moments positifs a également rendu ma lecture assez pesante, surtout parce que je recherche actuellement des romans un peu plus optimistes 😀
Le mot de la fin
Le texte interroge notre rapport au confort moderne, à la nature, à notre humanité, ainsi que la capacité d’abnégation dont un être humain peut faire preuve.
Une lecture troublante, à tel point que je suis incapable de dire si j’ai réellement aimé ce roman ou non.
Je pense avoir trop lu ces derniers mois des récits mettant en scène des personnages survivant dans un isolement total, et une certaine lassitude s’est installée. Si je compare ce livre à l’extraordinaire Là où chantent les écrevisses, il m’a manqué ici quelque chose d’essentiel pour moi en tant que lecture : je ne me suis jamais vraiment attachée aux personnages. L’une des sœurs m’a semblé trop égoïste et nombriliste, tandis que l’autre ne parvient jamais réellement à s’émanciper de cette relation. J’aurais aimé davantage de nuances dans leur personnalité.
Résumé (4ème de couverture)
Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses. Considéré comme un véritable choc littéraire aux États-Unis, ce roman sensuel et puissant met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.
Citation
J »e n’ai jamais vraiment su comment nous consommions. C’est comme si nous ne sommes tous qu’un ventre affamé, comme si l’être humain n’est qu’un paquet de besoins qui épuisent le monde. Pas étonnant qu’il y ait des guerres, que la terre et l’eau soient polluées. Pas étonnant que l’économie se soit effondrée.«