Vous le savez si vous me suivez depuis longtemps, je suis une femme de lubie. Ou plutôt qui a des lubies. Si ma période polar et thriller a duré particulièrement longtemps, mon obsession 2025 a été la lecture des grandes sagas familiales. J’en ai enchaîné plusieurs à la suite, incapable de lire autre chose pendant des mois.
Et visiblement, 2026 marquera le grand retour de ma lubie américaine.
Je pense que l’impatience qui grouille en moi en pensant à mon voyage de fin août (mon deuxième dans l’Ouest américain) n’y est pas étrangère. J’ai tellement hâte de retrouver ces paysages immenses et grandioses que j’ai déjà besoin de m’y replonger à travers mes lectures. Pour moi, c’est un peu comme une façon de me mettre doucement dans l’ambiance, de retrouver cette atmosphère si particulière des grands espaces américains avant même de reprendre l’avion.
L’histoire nous plonge dans l’Ouest américain des années 1870, au cœur des tensions entre les peuples autochtones et les colons blancs. Une période qui me fascine énormément en ce moment, notamment parce que je regarde actuellement 1883 et 1923. J’ai retrouvé dans ce roman cette même atmosphère âpre et sauvage : les grandes plaines, les conditions de vie difficiles, les conflits de territoire, mais aussi cette sensation permanente d’assister à la disparition d’un monde.
Une histoire d’amour complexe entre deux mondes
Nous rencontrons Mary, née Va-la-Première, jeune femme crow qui voit toute sa vie basculer lorsqu’elle épouse Abe Farwell, un commerçant blanc venu faire des affaires au sein de la tribu dans laquelle vit la jeune femme. Si Mary a déjà connu l’amour quelques mois plus tôt avec un jeune homme issu de la même tribu qu’elle, elle porte encore le deuil de son fiancé mort tragiquement avant leur mariage lorsqu’elle fait la rencontre d’Abe. Et pourtant au fil du temps, la complicité se transforme en un sentiment plus fort et c’est tout naturellement qu’il l’a demande en mariage. Le sacrifice est lourd pour la jeune femme : elle devra le suivre à travers les grands espaces américains où il continuera son commerce, en laissant sa famille et sa tribu, et même son nom qu’elle devra oublier.
Kathleen Grissom réussit quelque chose de très juste : elle montre avec beaucoup de justesse et de finesse à quel point aimer quelqu’un issu d’un univers totalement opposé peut être compliqué. Ce sont deux mondes qui s’opposent normalement qui devront cohabiter ensemble, prendre des décisions ensemble pour gérer leur famille. Chacun des deux essaiera de s’adapter à l’autre jusqu’au seuil de ce qui lui est tolérable. Mais lorsque les épreuves et els difficultés surviennent, les différences qu’ils tentaient jusque-là d’apprivoiser finissent inévitablement par les rattraper.
Leur quotidien devient alors un équilibre fragile à construire sans cesse. Il faut apprendre à vivre ensemble, à composer avec des traditions, des croyances et des façons de penser radicalement différentes. Comment élever ses enfants ? Quelle culture transmettre ? À quelles valeurs rester fidèle ? Chacun tente de faire un pas vers l’autre, d’accepter certains compromis, parfois même de renoncer à une partie de lui-même pour préserver leur couple et leur famille.
Malgré les incompréhensions, les drames et les erreurs, il existe un amour sincère entre eux. J’ai trouvé leur relation incroyablement humaine et vraie, et je me suis sentie très touchée par leur histoire.
Un personnage en perpétuel évolution
Mary est une héroïne qui possède une telle aura que tous les autres font pâle figure face à elle : courageuse, fière de ses origines, profondément attachée à son peuple, bien qu’elle soit obligée d’évoluer dans un monde qui cherche constamment à effacer son identité. Son évolution est passionnante tout en restant crédible. Abe quant à lui gagne également en profondeur au fil du récit. Si de nombreux désaccords surviennent entre eux au fil des années, il n’en reste pas moins un homme honnête, d’une sensibilité rare même si elle est bien enfouie derrière sa carapace.
Une plongée dans la violence de l’histoire américaine
Je ne connaissais rien des amérindiens ni de cette période de l’histoire des Etats-Unis jusqu’à ce que je me prenne de passion pour les séries 1883 et 1923 tout récemment. J’ai commencé récemment à lire beaucoup de choses sur internet à ce sujet, et le roman de Kathleen Grissom s’inscrit parfaitement dans cette période de violence où les peuples autochtones étaient considéré comme des sous-hommes, où ils ont été massacrés, chassés de leur terre, où les enfants étaient envoyés de force dans des pensionnats tenus d’une main de maître par l’Eglise Catholique… Le livre évoque notamment le massacre de Cypress Hills. Ce massacre a malheureusement bien eu lieu dans les années 1870. Un groupe de chasseurs américains de bisons et de marchands américains et canadiens de whisky ont attaqué un camp de Stoneys. Le massacre a été d’une violence effroyable, les Blancs ont tué une vingtaine d’autochtones. L’autrice détaille le massacre sur plusieurs pages qui sont plutôt difficiles à lire. Ce drame marquera d’ailleurs un tournant dans la vie de Mary & Abe, et le fossé qui s’est creusé entre eux deviendra alors un ravin.
Sur les routes de l’ouest américain
Je me suis sentie passionnée par les descriptions de cette vie nomade à travers les villes où Abe s’installera quelques temps le temps de faire fructifier son commerce. Nous rencontrons tout au long de notre lecture des personnages secondaires attachants. J’ai aimé les descriptions de ces contrées sauvages où l’on ne dort que d’un œil, à l’affût du moindre bruit signalant l’arrivée d’ennemis ou de cow-bows sans foi ni loi.
Le mot de la fin
Derrière une histoire d’amour, l’autrice interroge sur un élément fondamental : jusqu’où peut-on réellement faire des concessions sans finir par se perdre soi-même ?
C’était notre terre est une lecture intense, passionnante de la première à la dernière page. J’ai tout aimé de Kathleen Grissom et si vous ne l’avez encore jamais lue, c’est le moment de vous lancer !
Résumé
1871, plaines du Montana.
Va-la-Première, élevée au milieu des nuages de poussière rose de sa réserve, est la fille du chef de la tribu des Crows. Alors que l’adolescente rêve d’épouser Gros-Nuage, ce dernier meurt dans une chasse au bison peu avant leur mariage, la plongeant dans un profond chagrin. Son destin bascule le jour où Abe Farwell, un colon commerçant de fourrures, lui offre la promesse d’une nouvelle vie au Canada. Rebaptisée Mary après leur union, elle se trouve tiraillée entre deux mondes, deux cultures, deux noms. Tandis que la tension monte entre les tribus amérindiennes et les trappeurs canadiens, Mary va devoir choisir son camp.
Kathleen Grissom signe ici une grande fresque inspirée de l’histoire vraie de Crow Mary, héroïne courageuse et magnétique, témoin de l’injustice et des massacres des tribus amérindiennes.
Citation
« C’était la terre des Crow, la terre où nos montagnes et nos paroles étaient sacrées. C’étaient les paysages que la Terre nourricière nous avait donnés et, enfin, je rentrais chez moi.«